Lagos: Au marché de Tinubu Square

J’ai déposé mes valises sur la terre de Fella Kuti, une terre qui m’a toujours passionné par sa diversité culturelle. Malgré mon admiration pour le géant de l’Afrique, l’occasion ne se prête pas au tourisme. Je suis là pour un objectif bien précis. Mais J’ai quand même pris le temps de contempler les différents aspects de la ville multiculturelle qu’est Lagos. Le fait qui attire le plus mon attention concerne la question de l’électricité à Lagos. En faisant un tour chez les tailleurs de TINUBU Square, j’ai constaté un alignement interminable de groupes électrogènes. Je me suis fais une idée sur les possibles raisons de l’existence de ces bout de métaux bruyants. La première idée était le fait de l’existence des boutiques, de toutes sortes de magasins dans la zone. La seconde raison plausible serait une probable coupure d’électricité à cet instant précis. Toute une cascade d’idée me vient à l’esprit. Plus je rentre au fond du marché, plus je me rends compte de la réalité du terrain. Tous les coins des ruelles du marché présentent un tableau sombre, peint par la fumée dégagée par de multitudes de groupes électrogènes fonctionnant simultanément.

les jeunes démarent des groupes electrogenes dans l’escalier sombre d’un magasion, Photo credit, Elom

Je me suis donc tourné vers mes compagnons qui connaissent mieux la réalité de cette ville que moi. Ma première question concerne la cause réelle de l’existence de ces groupes électrogènes. Ces initiés de Lagos m’ont fait savoir que le Nigeria en général et Lagos en particulier souffre d’un problème d’énergie chronique. A tel point que ces commerçants et tailleurs n’ont d’autre choix que de se replier sur les groupes électrogènes pour satisfaire leur besoin en énergie. Mais seulement voilà : l’atmosphère dans ces ruelles du marché est presque indescriptible. Parfois même dans les escaliers des magasins, dans l’obscurité absolue, se tassent un amas de groupes électrogènes transformant ainsi l’endroit en un four de monoxyde de Carbonne, un véritable crématorium.

Groupes électrogènes alignés sous les fenêtres d’un magasin, photo credit, Elom

Les questions de santé

Mon expérience personnelle avec ces engins est vraiment désagréable. Tellement l’atmosphère est étouffante, tellement suffocante que j’étais obligé de sortir sur la rue de temps en temps, histoire de respirer un air plus ou moins pure. C’est donc compréhensible que la santé de ces commerçants et tailleurs prendra forcément un coup puisqu’ils vivent dans cette atmosphère presque tous les jours. Passer une journée dans cet « enfer » a sérieusement affecté ma santé puisque j’avais des problèmes de respiration à la suite. Je me pose donc la question sur l’espérance de vie de ces pauvres commerçants et tailleurs qui n’ont d’autre choix que de travailler là et avec les moyens du bord. Au-delà de la santé des usagers de Tinubu Square, une véritable question environnementale se pose.

Les questions environnementales

Des milliers de groupes électrogènes allumés toute la journée, et cela durant des semaines posent un problème environnemental. A l’époque où on prône des villes durable et un environnement sain, cette pratique est un grand pas en arrière. Des huiles de ces engins déversées en pleine habitation polluent forcément l’environnement immédiat mais aussi la nappe phréatique et cela sur le long terme. Ce raisonnement découle du fait qu’il n y a pas jusqu’à présent de solution immédiate à ce problème de déficit énergétique. La pollution n’est pas uniquement environnementale mais aussi sonore. Ces engins fonctionnent avec du bruit, dans une cacophonie inouïe et désagréable, véritable épreuve pour la concentration. Avec tous ces enjeux sanitaires et environnementaux, on se demande s’il n’est pas mieux de penser à d’autres alternatives en termes de source d’énergie ? Quelles sont les alternatives qui s’offrent à ces commerçants ?

Comment compenser ce déficit énergétique?

La source d’énergie durable qui s’offre à ces artisans reste l’énergie solaire. Investir dans un système pareil serait un investissement sur le long terme dans leur situation. Cela réglerait définitivement le problème de pollution dans toute sa dimension. Cela réglerait aussi les problèmes de santé. Mais en posant cette question, je me rends compte du coût nécessaire pour une pareille installation. Voyant le niveau de vie de ces artisans, il est presque impossible de réaliser ce projet avec leurs seuls apports financiers.

L’autre alternative est la fourniture de l’électricité par le gouvernement. Etant une grande ville, véritable poumon économique du pays, je pense qu’il faut investir dans une fourniture régulière et permanente de l’électricité afin d’assurer le fonctionnement normal de ces centres commerciaux. Cela évitera des investissements inutiles dans le système sanitaire sur le long terme.

Le problème d’énergie est général en Afrique. Mais si nous voulons nous développer véritablement, nous devons investir dans une énergie propre et utiliser enfin la source d’énergie permanente que nous avons : le soleil. Cela coutera bien sûr aux gouvernements. Mais en voyant l’avantage sur le long terme, le jeu en vaut la chandelle.

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